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  • Iris Gaudin

Journaliste web et rédacteur web : quels sont les points communs et les différences ?

Dernière mise à jour : 4 mai 2021

“La différence entre littérature et journalisme, c’est que le journalisme est illisible et que la littérature n’est pas lue”, écrivait Oscar Wilde*. Le rédacteur web ironique ajouterait que son contenu est plus facile à comprendre qu’un article du Monde Diplomatique… Et la journaliste du Monde Diplomatique répliquerait que son article est plus intelligent que le contenu d’un “plumitif” de la toile. Voici les différences et les points communs (car il en existe beaucoup aujourd’hui) entre journalisme et rédaction sur internet. Sans jugement de valeur, ni positionnement politique.



Journaliste web et rédacteur web : des métiers très ressemblants ?


Un contenu éditorial clair et bien structuré


Écrire pour être lu : c’est un invariant, autant pour l’un que pour l’autre. Chacun cherche à attirer le lecteur, à capter son attention, voire à le séduire, pour que son message soit retenu. Pour cela, ils doivent faire preuve de rigueur et être irréprochables sur les plans suivants :


  • L’orthographe : les coquilles sont rédhibitoires. Elles décrédibilisent le propos. Le journaliste web a parfois une chance de plus que le rédacteur web. Il ou elle est relu·e par un·e secrétaire de rédaction ;

  • La construction de l’argumentation, la structure du texte. Le visiteur d’un site web, lecteur de l’article, ne restera pas s’il est perdu dans les méandres d’une pensée mal organisée. Ainsi, chacun réfléchit au titre, au chapô, aux intertitres les plus pertinents. Ils aèrent leur texte pour le rendre plus digeste ;

  • La recherche et la synthèse d'informations sur le sujet traité ;

  • Le message essentiel, l’angle. En plus du sujet, le rédacteur ou la rédactrice web, tout comme le ou la journaliste, font le choix de le traiter de telle ou telle manière. C’est ce qui donne une valeur ajoutée à la production écrite ;

  • Un texte original, unique. Google ne s’y trompe pas. Il pénalise les plagiats ou autres contenus dupliqués ;

  • Les synonymes. Les répétitions ne sont pas agréables. Mais pour des questions de référencement, le rédacteur web doit parfois en faire usage, comme nous le verrons plus loin.

  • Les chiffres. Ils appuient le raisonnement et convainquent le lecteur.

Et bien sûr, comme les deux métiers s’exercent sur le web, ils demandent des compétences en termes de référencement. Celles-ci seront évoquées plus bas. Mais ce qui est essentiel pour le journaliste web diffère de ce qui est essentiel pour le rédacteur web.


Vivre de son écriture, un rêve partagé


Rédacteur web, journaliste web, ces professions font parfois rêver… pour des raisons différentes ! En témoigne le nombre élevé de recherches Google sur ces requêtes :


  • “devenir journaliste”

  • “rédacteur web SEO salaire”

  • “comment devenir rédacteur web”

  • “formation rédacteur web”

  • “études journaliste”

  • “rédacteur web freelance”

  • “journaliste BFM” (!)

  • “journaliste salaire”


Le rédacteur web est un métier dans l’air du temps avec le développement et la valorisation du CPF (Compte Professionnel de Formation) et les nombreuses offres pour devenir un professionnel de la rédaction web. Le métier présente de nombreux avantages à l’heure de la généralisation du télétravail induite par la crise du Covid-19. Être auto-entrepreneur dans le domaine des services permet d’équilibrer vie professionnelle et vie privée, de choisir ses horaires de travail, d’aménager son emploi du temps… Celles et ceux qui savent bien écrire (et ils sont nombreux !) se posent alors la question : “rédacteur web freelance, pourquoi pas ?”. Il y a bien des besoins importants dans le métier : des agences qui sous-traitent ; des grands comptes qui emploient des freelances pour des périodes déterminées (3 mois, 6 mois, un an…). Mais la concurrence est de plus en plus rude.


Le journalisme jouit toujours d’une aura sans pareil. Bien que la méfiance soit au plus haut à l’égard des médias, les théories du complot de plus en plus nombreuses, le journalisme reste prestigieux. Presse écrite (presse quotidienne nationale, presse quotidienne régionale, magazine, etc.), télévision (chaînes d’info en continu, JT ou magazines d’information), radio (direct, podcasts), et journalisme web (pure-player, déclinaison d’une marque papier, radio, télé) continuent d’attirer des talents. Et la concurrence est encore plus importante, car l’argent manque. Et puis, tout le monde veut être une vedette aujourd'hui et certains voient dans le journalisme l'opportunité d'être une star de l'info !


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Les différences : le journalisme, une vocation plus qu’un métier ?


Le journaliste web met en lumière la contradiction pour qu’émerge le débat


Contrairement au rédacteur web qui écrit pour le compte d’une entreprise, le journaliste revendique de ne pas être de parti-pris. Sa qualité principale est l’honnêteté dans la retranscription qu’il fait de la réalité. Il fait intervenir des points de vue contradictoires sur un sujet donné en rapport avec l’actualité. Le journaliste, que ce soit sur Internet ou ailleurs, se défend d’agir pour le compte d’un pouvoir autre que celui de la vérité, tout en suivant la ligne éditoriale de son média.


Le journaliste lanceur d’alerte


Alors que la profession est la cible d’attaques de plus en plus fréquentes, les journalistes lanceurs d’alerte rappellent à l’ensemble de la profession qu’un·e journaliste est tout sauf un rédacteur·trice web. Ielle joue son rôle de quatrième pouvoir, face à l’Etat (exécutif, législatif, judiciaire). Mais aussi face au pouvoir économique. En cela, ielle s’oppose au rédacteur·trice web qui est au service de l’entreprise qu’il représente. Le journaliste lanceur d’alerte lutte sans relâche contre la communication, secteur dans lequel se meut le rédacteur web.


Or les journalistes lanceurs d’alertes travaillent beaucoup sur le web. C’est un média qui leur permet d’utiliser les réseaux sociaux et de contacter des citoyens connectés. C’est le cas de Sylvain Lapoix, journaliste indépendant, qui a mené une enquête sur le gaz de schiste. Pendant 4 ans, il a pu récolter les informations d’internautes et s’opposer aux communicants dont les moyens financiers sont de plus en plus importants.

Journaliste, actualités et culture générale


Le journaliste est en prise avec l'actualité. On le verra souvent jongler entre son fil Twitter et le fil des dépêches AFP. Il sait rebondir sur une information importante pour la traiter dans les délais impartis. Travailler dans le journalisme nécessite donc une connaissance pointue de l’actualité, de son expression, de sa fiabilité, dans tous les domaines. Pour intégrer les écoles de journalisme reconnues par la profession, les examens portent sur les événements de l’année écoulée. Ils sont extrêmement précis. Être approximatif est éliminatoire.


Pour mettre en perspective les événements, le journaliste possède également une excellente culture générale. C’est ainsi qu’il peut replacer l’actualité du jour dans un contexte plus large. Il le replace dans l’Histoire, prend du recul, et autant que possible, en fait une analyse avancée.

Alors êtes-vous fait pour être journaliste ? Ou bien… Avez-vous envie de vous reconvertir ? Faites le test avec L’Etudiant.


Le rédacteur web, un métier très technique au service de l’entreprise


Les mots-clés, balises, méta-descriptions, backlinks, sont sa bible...


L’essentiel est de trouver des astuces pour présenter ses livrables, parce que d’après les statistiques, c’est ce qui fonctionne. Le rédacteur web est un pragmatique. Il met donc en place une stratégie de contenu. C’est un espion ! Il explore les URL de la concurrence, compare les résultats des classements (volume de recherche, indice de concurrence, etc.). Pour optimiser son champ sémantique, il se sert de logiciels performants payants ou d’outils SEO gratuits (les versions gratuites sont efficaces parfois) :



Comme le journaliste web, le rédacteur web recherche la pertinence du contenu. Mais le mot pertinence ne recouvre pas la même réalité. Pour le rédacteur web, il ne s’agit pas de présenter une actualité ou de la mettre en perspective, mais de valoriser les qualités de l’entreprise sur tel ou tel sujet et, pourquoi pas, en rapport avec l’actualité. On attend de son article qu’il se taille une bonne place dans les pages de résultats. Il lui faut optimiser ses SERPs (Search Engine Result Pages). Atteindre la première page de Google, c’est le Graal !


Il s’agit donc de mettre en valeur des mots-clés cibles au bon endroit dans les titres et les meta-descriptions, mettre les bonnes balises, le bon nombre de signes dans chacun des slugs.


La rédactrice web se préoccupe aussi du nombre de mots qu’elle rédige. Car la quantité est aussi importante que la qualité pour Google. Donc il faut produire, produire, produire… Et parfois répéter les mots-clés pour qu’ils soient bien visibles quand le robot de Google passe.


Le moteur de recherche est aussi sensible aux backlinks. Ce sont des liens externes, qui proviennent donc d’autres sites et qui pointent vers votre article. Ils renforcent l’autorité de votre site, car si des lecteurs ont cliqué, c’est qu’ils ont pensé que votre lien avait de la valeur. C’est en quelque sorte un vote de confiance. Et Google le remarque.


Parmi les meilleurs backlinks ? Ceux qui viennent des sites de presse ! Car ils font autorité pour Google, à juste titre. Un article - vraiment - journalistique est une source sûre. Les deux maisons de vente, la française Orsenat et la britannique Bonhams, peuvent dire merci au Monde Argent !



… Mais il n’oublie pas ses lecteurs


Tout est une question d’équilibre pour le rédacteur ou la rédactrice web. Il y a Google qui répertorie l’article et le lecteur qui le lit. Au-delà du classement, ce qui est attendu par l’entreprise, c'est que le lecteur ou la lectrice lui fasse confiance, que sa réputation soit sans tache et enfin qu'il achète. Si le rédacteur web SEO a réussi à mettre son article en bonne position, reste à retenir le visiteur. Et l’amener à faire ce qu’on veut qu’il fasse : c’est le CTA (Call To Action).


Un bon SERP ne suffit pas. Rédiger des rich snippets attire le clic. Ce sont les extraits enrichis qui s’affichent lorsque le résultat apparaît sur Google. Ils augmentent les visites quand ils sont bien écrits.


Les lecteurs peuvent être agacés par un article qui n’est pas bien tourné, trop répétitif, trop robotisé. C'est beaucoup le cas, c'est presque obligatoire pour le référencement. Mais on peut contourner parfois certaines règles. C’est pour cette raison qu’il y a encore besoin de rédacteur·trices web humain·es. Les images, les vidéos, les infographies ou les gifs doivent être pertinents, un peu de second degré ne fait pas de mal.


Le rédacteur web est au service du lecteur. Il se pose toujours ce genre de question : quelle est la recherche de l’internaute sur le sujet que je veux traiter ? Comment puis-je l’aider à trouver une solution à son problème ?


Cette stratégie éditoriale de la rédactrice web (ou du rédacteur web) s’inscrit dans le cadre de l’inbound marketing. Les entreprises ont compris que la publicité ne suffisait pas : il leur faut attirer les clients vers elles. Les internautes font des recherches, que ce soit sur Google ou sur les réseaux sociaux) et l’idée est de les amener à leur business de façon “libre” et non contrainte. C’est là qu’intervient l’art ou la technique (probablement un peu des deux) du rédacteur web.


De son côté, le journaliste doit toujours faire la balance entre ce qui marche en termes de clics (il faut bien faire marcher son média) et ce qui a de la valeur sur le plan des faits ou des débats, que ce soit en termes d'économie, de société, de nouvelles technologies, de politique, de culture, etc.


Journaliste web et rédacteur web sont deux métiers radicalement différents dans leurs objectifs. Ce qui les rassemble, c’est l’importance qu’ils accordent à leur lecteur. Tout comme la publicité, le journalisme avait tendance à être vertical. Aujourd’hui sur le web, il recherche l’horizontalité : susciter des échanges avec l’audience. Le rédacteur web a raison de s’inspirer du journaliste quand il pense au style, à la pertinence, à l’information qu’il peut apporter au lecteur. Depuis une quinzaine d'année, les journalistes se sont progressivement approprié du référencement. Mais l’écueil serait de sacrifier l’information au bénéfice du clic et de l’émotion avec des sujets “qui marchent’ : sexualité, insolite, populisme… C'est d'ailleurs un des grands débats qui agitent les conférences de rédaction.


Question facile, cet article relève-t-il du journalisme ou de la rédaction web ? Pourquoi choisiriez-vous l'un plutôt que l'autre ?

Et si vous voyez d’autres différences entre journalisme et rédaction web, vous pouvez écrire dans les commentaires !


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*Osacr Wilde, The Critic as Artist (Le Critique en tant qu’artiste), 1891


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